Soirée presse et vœux : adieu l’Europe ?

16 janvier 2019, Villa Bonn
Informations sur la manifestation
Villa Bonn
Siesmayerstrasse, 60322 Frankfurt
Auf dem Stadtplan
16 janvier 2019
Organisateur
Club des Affaires de la Hesse

Soirée Presse&Voeux : "Adieu l'Europe ?"

Michaela Wiegel, correpondante FAZ Paris - Uwe Becker, Maire adjoint Ville de Francfort

Résumé/Zusammenfassung

C’est dans les salons feutrés de la Villa Bonn que la présidente du Club des Affaires de la Hesse, Nathalie Maier-Bridou, et le maire-adjoint et trésorier de la ville de Francfort, Uwe Becker, ont traditionnellement souhaité leurs meilleurs vœux à la communauté d’affaires franco-allemande de la Hesse venue nombreuse en ce début d’année. Ensuite, la parole est donnée à Michaela Wiegel, correspondante politique de la F.A.Z. à Paris venue exprès pour l’occasion, pour nous donner son analyse critique des relations franco-allemandes dont elle est une experte reconnue, et de leur rôle au sein de l’Union européenne.

 Uwe Becker, un Européen convaincu

 Uwe Becker a apporté les vœux de la municipalité, précisant le grand plaisir de saluer à la fois des représentants d’entreprises et des francophones, deux populations auprès desquelles il se sent à l’aise. Pendant longtemps, le vieux continent s’est développé dans une seule direction, dit M. Becker, celle de l’unification, en réponse à une histoire que les générations passées ont payé cher. Aujourd’hui, le Brexit se rapproche dans un flou préoccupant. Même le responsable des finances de Francfort, ville candidate à accueillir les exilés londoniens, ne saurait s’en réjouir, pas plus que de la perspective de voir entrer au parlement européen une majorité de députés dont le programme est de le supprimer. Solidement assise sur sa tradition de ville citoyenne, « Bürgerstadt », Francfort fera face !

Michaela Wiegel : le traité d’Aix- la Chapelle, un symbole fort mais un programme sans ambition

Michaela Wiegel a débuté sa présentation par un regret : le nouveau traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle aurait pu être celui de Francfort, qui est sans conteste l’une des capitales de l’Europe. Les voix critiques n’ont pas manqué de soulever le manque d’ambition de ce document, notamment si l’on se base sur le véritable programme européen qu’Emmanuel Macron avait présenté à la Sorbonne en 2017 et complété l’année suivante à Lisbonne. Le recul est exact, reconnaît Michaela Wiegel, mais il n’est pas inexplicable et il est surtout politiquement justifiable. L’Europe connaît des signes d’essoufflement et des lignes de fracture se précisent. L’une de ces lignes, c‘est Emmanuel Macron lui-même, devenu la personnification de l’Europe rejetée par les nationalistes et la cible des gouvernements italiens ou hongrois. Tandis que le traité de l’Élysée était le traité de la réconciliation et du rapprochement, le nouveau traité va plus loin dans la ligne qu’il trace. Il est celui de la convergence entre la France et l’Allemagne, fixant désormais dans un texte bilatéral l’objectif d’unifier les politiques économiques et fiscales. Le traité d’Aix-la-Chapelle se contente, sur de nombreux points, de fixer des orientations et de poser des éléments symboliques. Et c’est précisément dans certains de ces symboles, ou de ce qui n’est vu que comme des symboles, que repose l’ambition réelle du traité. Justement souligné par certains lecteurs attentifs, la partie militaire n’est pas que la promesse politique de placer l’Allemagne sous le parapluie nucléaire français ou l’abandon de la France de sa souveraineté nucléaire, c’est un véritable pacte défensif entre les deux pays. L’élection d’Emmanuel Macron avait suscité de grands espoirs de ce côté du Rhin. Mais malgré la présence autour de lui de nombreux germanophones et de germanophiles convaincus, auxquels s’ajoutent de nombreux francophones dans les hautes sphères de la politique allemande, le bilan du rapprochement n’est pas (encore ?) à la hauteur des attentes, conclut Mme Wiegel.

L’incontournable crise des gilets jaunes

 Au-delà du sujet donné, comment ne pas mentionner le mouvement social actuel ? Oui, et comment ne pas évoquer que ce mouvement fait même des émules dans d’autres pays d’Europe où le gilet jaune devient symbole de protestation contre le pouvoir. La France ne s’explique pas avec des critères allemands… Au-delà des débordements, largement documentés dans les médias du monde entier, le mouvement a aussi une facette moins médiatisée, au moins à l’étranger, qui le rend plus complexe à condamner en bloc : celle d’une véritable démocratie de base et d’une fraternité étonnante sur les ronds-points entre des personnes qui ne s’étaient jamais vues auparavant. Il reste aux gilets jaunes à transformer l’essai en canalisant la colère dans un mouvement capable de produire un message positif. Les gilets jaunes devront aussi réussir le paradoxe de véhiculer dans un cadre représentatif un appel qui refuse toute représentation.

La soirée a joué les prolongations en compagnie de Michaela Wiegel autour d’un dîner-buffet proposé par la Villa Bonn permettant des échanges fructueux entre les convives.

  • MdF